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L’arbitrage vidéo n’est pas encore au point en beach volley

L’arbitrage vidéo (système de challenge) qui est d’usage depuis longtemps dans le volleyball indoor a été introduit pour la première fois lors les Jeux Olympiques en beach volley.

2 des 16 caméras du système de challenge. ©Andreas Eisenring

Jonas Personeni, l'arbitre Suisse, à côté d'une caméra spéciale. ©Andreas Eisenring

L’arbitrage vidéo lors du match Suisse - Chine montré sur l'écran au stade de Copacabana. ©Andreas Eisenring

En volleyball indoor, ce rituel déjà courant depuis un temps dans les grands championnats a également pu être observé à Rio: le jeu est interrompu, les six joueurs se rassemblent dans leur moitié de terrain, posent leurs bras sur les épaules de leurs partenaires ou se tiennent la main pour former une chaîne unie, comme s’ils voulaient influencer ce qui ne peut plus l’être. Tous les regards se tournent avec appréhension vers le plafond, là où se situe le cube vidéo de l’énorme stade rond du Maracanazinho, le temple du volleyball brésilien. La vidéo est projetée sur l’écran: quelqu’un a-t-il touché la balle du doigt au moment du bloc? Des images en haute résolution d’une grande netteté défilent au ralenti et tantôt confirment la décision de l’arbitre, tantôt la prouvent fausse. Pour introduire l’arbitrage vidéo en beach volley, 16 caméras spéciales supplémentaires de la société Hawk-Eye, bien connue dans le tennis, ont dû être installées dans l’arène de Copacabana de façon à garantir un résultat optimal. D’après Angelo Squeo, coordinateur du beach volley à la FIVB, ce système coûte 30 000 dollars par tournoi. Il souhaite également l’utiliser à l’avenir pour une douzaine de grands événements.

«Nous voulons créer davantage de transparence grâce à ce système», déclare Angelo Squeo, «je pense que les spectateurs et les joueurs salueront le fait qu’un match ne puisse plus se terminer sur une erreur d’arbitrage». Cela n’est bien sûr qu’en partie vrai, puisque par exemple un ballon tenu ne peut faire l’objet d’un challenge.

Angelo Squeo affirme qu’en beach volley, 25% des challenges demandés sont justifiés. Jonas Personeni, devenu arbitre à la fin de sa carrière et chargé d’arbitrer la finale hommes des Jeux Olympiques, est convaincu par cette innovation: «C’est une bonne chose qu’un joueur obtienne gain de cause lorsqu’il a raison.» L’arbitrage vidéo permet fréquemment de désamorcer des situations qui suscitent des réactions émotionnelles et qui déteignent sur la suite d’un match.

Quelle est la pertinence de cette règle?
En parlant d’erreur d’arbitrage, Isabelle Forrer et Anouk Vergé-Dépré ont appris pendant leur match contre la Chine que tous les arbitres ne sont manifestement pas encore tous au fait des (nouvelles) règles liées à cette technologie. En effet, elles ont dû expliquer à l’arbitre que le challenge des Chinoises sur la balle de match n’était pas recevable. L’arbitre ayant déjà sifflé la fin du match, la situation a alors pris une tournure plutôt cocasse puisque le match a dû être relancé (Mentionnons encore à ce propos que le point n’aurait pas dû être rejoué à la reprise mais qu’il aurait dû être accordé à la Suisse).

Au fond, on peut se demander si la règle selon laquelle un joueur doit immédiatement arrêter le cours du jeu pour pouvoir demander un challenge est véritablement pertinente ou si elle ne va pas à l’encontre de la nature même de la compétition et ne constitue pas un facteur de stress excessif pour les joueurs. Ces derniers sont en effet conditionnés à ne jamais abandonner tant qu’ils n’ont pas entendu le coup de sifflet de l’arbitre. En salle, la règle est différente: on termine l’échange et ensuite on peut demander calmement l’arbitrage vidéo pour l’action litigieuse – et pas uniquement pour la dernière jouée.

Casser le rythme
Cette technologie reste toutefois problématique puisqu’elle crée à chaque fois de longues interruptions dans le jeu et peut faire traîner le rythme d’un match, ce que de nombreux joueurs ont critiqué à Rio. D’après Angelo Squeo, la prise de décision prend 30 secondes en moyenne. Cette durée peut certainement encore être diminuée. Le challenge peut en outre être utilisé comme «temps mort tactique» car il est aussi possible de demander l’arbitrage vidéo dans des situations tout à fait claires (deux demandes erronées par set au maximum), ce qui octroie quatre temps morts supplémentaires.

Les spectateurs semblent bien apprécier ce nouvel élément source de suspense, du moins ceux présents dans le stade. Car pour des raisons inexplicables, l’OBS (Services olympiques de radio-télévision), la société de production des Jeux mandatée par le CIO, empêche systématiquement les téléspectateurs de voir les images décisives, contrairement au volleyball indoor où ces images dissipent justement les doutes et apportent une conclusion à l’attente.


©Andreas Eisenring

Catégorie: Rio Beach